Depuis le 29 novembre 2021, date de la diffusion du premier épisode du podcast de « Comme un poisson dans l’eau – Le podcast contre le spécisme » nous avons appris à connaître Victor Duran-Le Peuch. Depuis ce jour, les épisodes se succèdent avec des invité-es passionnant-es grâce auxquel-les Victor nous fait découvrir les différents aspects du spécisme et ce toujours avec cette même rigueur et ce même souci du sourçage.
Au fil des années, Victor est également devenu un conférencier recherché et apprécié. Pourtant celleux qui apprécient et suivent son travail n’ignorent pas que, face à l’immensité des connaissances des nombreux-ses auteur-ices qui écrivent et documentent la question animale depuis l’antiquité jusqu’à nos jours, Victor s’est toujours gardé de se départir de toute humilité. Nous l’avons souvent entendu penser bien fort : « suis-je bien à ma place dans cette lutte ? » et « puis-je réellement lui être utile ? ». Face à la diversité et surtout à la complexité du savoir actuel, ce questionnement légitime est ce qui signe l’intelligence et le bon sens.
« Mais pour qui te prends-tu ? Tu n’en es pas capable ! 1», cette voix angoissante que nombre d’autodidactes connaissent – témoin récurrent du fameux syndrome de l’imposteur – a forcément hanté Victor2 lorsque Gaëlle Bidan, directrice des Éditions de l’Atelier lui a proposé d’écrire un ouvrage sur l’antispécisme qui pourrait s’insérer dans sa collection « En finir avec les idées fausses sur… ». D’autant plus que l’ambition de paraître lors de la rentrée littéraire d’octobre 2025 ne laissait à Victor que six mois pour relever ce sacré défi.
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Pour situer ce premier essai de Victor dans son contexte, nous avons choisi de rappeler l’origine de ces fameuses « idées fausses » sur l’antispécisme auxquelles son livre répond « pied à pied »3.
Il faut se souvenir qu’en 2009 la psychologue sociale, écrivaine et activiste américaine, Melanie Joy, a mis en lumière le concept de « carnisme » qu’elle définit alors comme une idéologie dominante qui traverse notre civilisation et qui vise à justifier la consommation de viande4.
Le carnisme serait donc, selon elle, l’une des mises en pratique de l’idéologie spéciste, qui la précède. Dans son ouvrage Why We Love Dogs…5, Joy dévoile et critique les justifications traditionnelles du carnisme (naturel, normal, nécessaire) qui constituent ce qu’elle a appelé ses défenses premières. Depuis cette époque, les recherches notamment en psychologie cognitive et expérimentale, les contributions en éthique animale6 et les déclarations internationales en droit7 et en neurosciences8 ont fini par effriter sérieusement les premières défenses du carnisme au point qu’en 2021, l’Organisation mondiale de la Santé a conclu qu’une alimentation davantage fondée sur les végétaux, lorsqu’elle est correctement planifiée, est adaptée à tous les stades de la vie, y compris chez les nourrissons, les femmes enceintes et les adolescents. Elle souligne également qu’une évolution vers des régimes alimentaires plus végétaux constitue un levier essentiel pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et rendre nos systèmes alimentaires plus durables.9
C’est d’ailleurs dans cette période, particulièrement féconde sur le plan intellectuel, que les philosophes canadiens Sue Donaldson et Will Kymlicka publient, en 2011, Zoopolis: A Political Theory of Animal Rights10 ouvrage majeur qui contribuera à structurer ce que la littérature désigne aujourd’hui comme le tournant politique de la question animale. Sans toutefois mettre un terme aux débats sur la légitimité morale du spécisme, Zoopolis marque le déplacement du centre de gravité de la réflexion, de la seule justification des droits des animaux vers les questions de justice, de citoyenneté, de souveraineté et d’organisation des institutions politiques11. Face à la marginalisation croissante du spécisme en philosophie12, aux arguments sérieux avancés par l’antispécisme contre le carnisme, à la montée des mouvements végane13 et antispéciste, les thuriféraires du spécisme se sont empressés de relever leurs manches et de partir en quête d’autres moyens de défense pour tenter de justifier la domination humaine.
C’est dès lors en 2019, à l’occasion de la réédition anniversaire de son ouvrage Why we love dogs…14, que Joy s’attache à mettre en lumière une nouvelle facette des stratégies carnistes. Suite au naufrage scientifique des défenses primaires (normal, naturel, nécessaire) elle alerte quant à l’émergence des défenses secondaires du carnisme qui « consistent à discréditer le véganisme et ses défenseur-euses15» dans ce qu’elle qualifie par ailleurs d’idéologie « néo carniste16».
Joy définit ce néo-carnisme comme une nouvelle idéologie qui cherche, à tout prix, à renouveler les justifications de la consommation de viande face à la montée en puissance des mouvements végétalien et antispéciste. Ainsi ce néo-carnisme dit Joy désigne les formes contemporaines du carnisme qui, plutôt que de défendre explicitement l’exploitation animale comme normale, naturelle et nécessaire, cherchent à la légitimer en intégrant les préoccupations éthiques, écologiques ou sanitaires soulevées par le mouvement végane. Il ne remet pas en cause le principe de l’utilisation des animaux, mais en reformule les justifications afin d’en assurer la pérennité17.
Des argumentaires nouveaux, surprenants, à la limite de la malhonnêteté intellectuelle sont apparus progressivement18 et ont supplanté les arguments carnistes que nous qualifions de traditionnels :
« Les animaux font partie de la nature » ; « Dans la nature, les animaux se mangent entre eux » ; « Pour être en bonne santé et avoir suffisamment de protéines, il faut manger de la viande » ; « Il existe un élevage vraiment éthique, c’est l’élevage intensif le problème »; « La morale c’est totalement subjectif, à chacun son avis, laissez-nous vivre en paix !» ; « C’est le cercle de la vie, du vivant, de la vie et de la mort. Il faut respecter les équilibres du vivant » ; etc.
Face à la pertinence de la réponse antispéciste, le néo-carnisme a sorti une batterie de nouveaux arguments : « Les plantes souffrent également alors pourquoi ne pas manger les animaux ? » ; « L’élevage paysan/familial aime ses animaux qu’il traite bien » ; « Un contrat philosophique existe entre les autres animaux et nous. Les autres animaux consentent à nous donner leur vie, leur corps et leurs productions en échange d’une belle vie »19; « L’antispécisme est une menace pour l’humanité. Il est profondément anti-humaniste » ; « Le véganisme est une dérive wokiste » ; « Les antispécistes sont extrémistes et violents, ce sont des écoterroristes » ; « L’antispécisme veut la mort de la paysannerie » ; « L’antispécisme c’est un truc de bobos citadins qui n’y connaissent rien à la ruralité »20 ; et ainsi de suite ad nauseam et ad aeternam…
C’est cette avalanche d’arguments carnistes et surtout néo-carnistes qu’analyse et auquel répond l’ouvrage de Victor point par point en 48 chapitres rencontrant chacun de ces argumentaires.
Il serait vain ici de résumer la défense que Victor adresse à chaque argument néo carniste sans trahir un propos qui se caractérise par une certaine densité. Victor reconnaît lui-même que 90 % du contenu de son ouvrage revient à synthétiser les arguments avancés par les adversaires21 de ce néo-carnisme. Plutôt que de synthétiser ce qui est déjà une synthèse en soi, nous vous invitons à étudier chaque section de l’ouvrage.
Précisons néanmoins que l’auteur a utilement classé les arguments contre l’antispécisme en 48 sections lesquelles sont classées sous 9 chapitres génériques qui en facilitent la compréhension logique : 1. Les animaux sont inférieurs ; 2. Les antispécistes nous emmerdent ; 3. C’est la nature ; 4. Il existe un élevage vraiment éthique ; 5 et 6. L’égalité animale est dangereuse et absurde ; 7 et 8. L’antispécisme est irréalisable et problématique ; 9. Les animaux, on verra plus tard !
La méthode employée consiste donc à répondre « pied à pied par l’argument de vérité face au mensonge »22 ou au détournement opéré de manière idéologique par les adversaires invétérés de l’antispécisme. Parmi les 48 arguments discutés, citons-en quelques-uns qui sont emblématiques de la critique récurrente de l’antispécisme : « Les animaux ne souffrent pas comme nous » (Leahy23) (#2) ; « L’antispécisme prend les animaux pour des humains » (Wolff, Michéa) (#6) ; « Les antispécistes sont extrémistes et violents » (Nicolas, Bachelier) (#10) ; « Les animaux font partie de la Nature » (Balaud et Chopot) (#12) ; « L’humain est fait pour être carnivore » (Lestel) (15) ; « les animaux sont heureux dans les petits élevages » (Porcher, Digard) (#17) ; « La domestication est un contrat gagnant-gagnant » (Porcher, Despret) (#19) ; « On peut tuer un animal avec respect » (Porcher, Morizot, Sugy, Lestel) (#21) ; « L’humain est supérieur » (Sugy, Ferry, Cohen) (#23) ; « L’égalité animale menace nos droits » (Wolff, Delsol, Digard, Sugy) (#27) ; « L’antispécisme exclut les plantes » (Morizot, Kohn, Coccia) (#32) ; « L’antispécisme veut la disparition des animaux domestiques » (Porcher, Digard) (#33) ; « Les animaux ne sont pas la priorité » (Ferry, Wolff) (#43) ; « La morale est subjective, chacun-e son avis » (Onfray) (#44) ; etc…
L’argument n°42 — « l’antispécisme est un mouvement dépolitisé » — revêt à nos yeux une importance particulière. Dans cette section, Victor montre que la dépolitisation relève en réalité davantage de l’animalisme que de l’antispécisme. Le premier a tendance à isoler la cause animale des autres luttes sociales, en se voulant au-dessus des clivages politiques : ses combats, généralement sectorisés (corrida, fourrure, chasse…), portent avant tout sur la protection animale, plutôt que sur une critique structurelle du spécisme. L’antispécisme, quant à lui, souligne le rapport de domination systémique présent dans l’exploitation animale24. Il s’inscrit ainsi dans une lutte globale, articulée avec les autres combats sociaux contre les différentes formes d’oppression. En mettant en lumière les écueils et les risques inhérents à une approche dépolitisée de la cause animale, ce chapitre plaide pour un antispécisme politique « au sens fort »25, seul capable de porter un véritable projet d’émancipation.
Bref, soulignons que c’est une véritable litanie de justifications, les plus fallacieuses les unes que les autres, qui s’abat contre le véganisme et plus encore contre l’antispécisme depuis l’apparition de ce néo-carnisme. Une offensive savamment orchestrée qui témoigne de ce qu’il est convenu de qualifier de « panique morale 26» induite par un courant idéologique présenté comme « subversif ».
L’antispécisme est alors perçu comme cette “pensée révolutionnaire” qui vise à déstabiliser un ordre établi, garant de la sérénité psychique, psychologique, patriarcale, masculiniste, mais surtout économique et politique de l’espèce humaine. Bien entendu, cet ordre réactionnaire veille scrupuleusement sur ses privilèges, sa domination suprémaciste, systémique et structurelle exercée contre les animaux non humains dans une violence et un déni absolus.
Voilà donc ce qui justifie cette débauche d’énergie visant à préserver un statu quo au détriment de milliers de milliards d’individus sentients niés dans leur individualité, dans leurs droits fondamentaux et dans leurs souffrances. Nous ne saurions ignorer bien sûr les gigantesques intérêts économiques qui sont soutenus par les syndicats agricoles, le complexe agro-industriel ou encore les États, aveuglés par l’idéologie mortifère de la croissance à tout prix, telle qu’elle s’est imposée après la débâcle de la Seconde Guerre mondiale en Europe sous les poussées des lobbies américains de la reconstruction27.
Sur le plan de la production intellectuelle, laquelle n’évolue évidemment pas en vase clos séparée des enjeux macroéconomiques et géopolitiques, nous pouvons, sans risque d’exagérer, parler d’une véritable « guerre des idées » entre d’une part, le courant de pensée antispéciste28 intersectionnel29 et, d’autre part, l’émergence plus actuelle d’un courant intellectuel de pensée désigné médiatiquement sous l’étiquette de « penseur-euses du Vivant30 ».
Ce dernier courant intellectuel assez large (philosophie, anthropologie, sciences sociales, écologie politique) bien qu’il critique la séparation moderne entre l’humain et le reste du vivant en vient rarement à reconnaître les animaux non humains comme des sujets de droit à part entière. En ce sens, il est généralement critique des positions de l’antispécisme. Ainsi, par exemple, Baptiste Morizot31 critique une approche qui réduirait les animaux à des individus semblables aux humains auxquels il faudrait simplement étendre nos droits. Il est vent debout contre certaines formes d’antispécisme centrées uniquement sur l’individu animal, car il considère que la question écologique dépasse la seule question du traitement moral des individus.
Ainsi, si l’antispécisme milite pour les droits des animaux et la fin de l’exploitation, les penseurs du vivant pensent plutôt en termes de cohabitation, de cycles de vie et de mort et d’un nécessaire respect des équilibres naturels où l’ensemble du vivant ne forme qu’un tout. Rarement, ces penseur-euses voient dans l’animal non-humain un individu spécifique qui pourrait accéder au statut de sujet de droits32.
Une partie de ce courant s’évertue donc à maintenir, sous couvert de connexion au « vivant », une idée d’ordre « naturel » qui garantit à l’espèce humaine une position hégémonique, bien que ce ne soit évidemment pas affirmé comme tel.
Certain-es penseur-euses du Vivant essaient donc d’escamoter l’importance et la spécificité de la sentience en mettant l’accent sur le « vivant ». Bien que les animaux soient, pour certain-es en tout cas, sentients33, ils et elles appartiendraient néanmoins d’abord à un ordre bien plus important qu’elleux, le Vivant, une espèce de réservoir fourre-tout, où l’on retrouve végétaux, minéraux, animaux, sans opérer aucune distinction. Bien que ces penseur-euses prétendent dépasser le dualisme moderne nature/culture, ils reconduisent l’idée d’un ordre naturel, sorte de grande roue cosmique appelée le Vivant, auquel il serait sage de se soumettre ou dit autrement, il serait iconoclaste de déroger (notamment en devenant véganes).
Cet ordre particulièrement conservateur et réactionnaire fait bien les choses puisque, par le plus grand des hasards, il maintient l’animal non humain sous les rets de l’exploitation et de la domination humaines.
Ainsi, en assimilant l’animal sentient non humain à un vaste ensemble indistinct contenant tant des êtres sentients que des végétaux et des minéraux, mais aussi des écosystèmes non individualisables, une partie majoritaire de cette pensée justifie les systèmes d’oppression humaine en place par des raccourcis simplistes tels que : l’exploitation animale fait partie de la vie, fait partie des cycles naturels, des cycles de la vie et de la mort avec ses interdépendances et ses flux, ses vainqueur-euses et ses vaincu-es, le tout s’orchestrant dans un équilibre immémorial qu’il serait outrecuidant de vouloir perturber.
La vie ne serait ainsi qu’un flux d’énergie salvateur où les corps consommés (entendez : appropriés et torturés) des un-es viendraient alimenter le corps des autres (entendez : les dominant.es) dans un flux nourricier immuable. Dans cet ensemble totalisant qu’est « le vivant », l’arbre, le blé, le nuage, la rivière, la lumière, l’aubépine, la vache et l’être humain ne seraient que les éléments interchangeables d’une vaste odyssée écosystémique, sans distinction aucune.
Ce glissement éco-épistémologique du naturalisme au vivant masque évidemment le maintien d’une « hiérarchie entre espèces en présentant les rapports de pouvoir comme des relations écologiques nécessaires, où la domination humaine devient un simple échange d’énergie plutôt qu’un fait social et politique34 ». Par ailleurs, ce glissement fait mine d’ignorer l’ensemble des découvertes en sciences cognitives et neurologiques qui prouvent que nombre d’animaux35 non humains partagent avec nous la sentience. Cette révolution scientifique dans « l’ordre du vivant » (justement) aurait dû venir bouleverser l’ancienne dichotomie Nature/Culture – Homme/Animal36 et déplacer une frontière qui devrait dès lors évoluer vers les binômes sentient/ non sentient – minéral, végétal/ sentient (animal37). Mais hélas, ce ne fut pas le cas.
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En ce qu’il rassemble les analyses et les réflexions de l’antispécisme pour répondre point par point aux élucubrations du néo-carnisme et de son aboutissement contemporain, « la pensée du vivant », Victor Duran-Le Peuch nous gratifie donc d’un ouvrage pertinent et indispensable. Remarquable dans son exhaustivité, sa précision chirurgicale, son didactisme et sa pédagogie. Les lecteur-ices mesureront bien vite ce qu’il a fallu d’abnégation, de rigueur et de travail pour accoucher d’un tel outil.
Plus qu’un ouvrage, d’ailleurs, ce travail érige un rempart solide contre le carnisme et le spécisme. La répartition des arguments en 9 chapitres distincts permettra, en outre, à chacun de revenir facilement à l’ouvrage pour trouver une information qui le préoccupe.
Rappelons que l’apport personnel de l’auteur est assez limité hormis sans doute une volonté explicite de politiser l’antispécisme et c’est précisément ce qui intéresse notre association au premier plan. L’ouvrage est donc essentiellement une synthèse des arguments opposables au néo-carnisme d’une part et à une dérive écosystémique opérée par certain-es penseur-euses du Vivant. Il n’en demeure pas moins que l’impulsion politique de l’ouvrage, touche plus personnelle de l’auteur, fera œuvre d’épiphanie pour une partie non-négligeable du mouvement animaliste focalisé sur l’animal first.
Nous voudrions terminer cette digression par des mots simples et authentiques : félicitations sincères et vraiment merci ! Nous savons qu’écrire une telle somme n’a pas dû être une sinécure et que la densité du propos traduit une volonté viscérale de défendre la cause animale de manière exhaustive et inattaquable.
Nous terminerons comme nous avons commencé. Par ce En finir avec les idées fausses sur l’antispécisme, Victor Duran-Le Peuch nous offre un nouvel outil aussi précieux que le podcast pour aider les militant-es de la cause animale à en finir avec le spécisme ! Nous ne pouvions manquer ce petit clin d’œil. Nous saurons utiliser cet ouvrage et ses nombreuses références, y revenir et le relire38.
Un premier essai brillant de Victor qui souligne la qualité de l’apport de son auteur à la Cause antispéciste.
Nous vous invitons donc à vous emparer de ce livre limpide, complet et engagé par lequel Victor répond aux dénégations et objections les plus récurrentes de l’idéologie spéciste et, nous ne l’avions encore souligné, sans jamais oublier les liens structurels et systémiques qui unissent l’antispécisme aux autres luttes d’émancipation tels que l’antiracisme, l’anticapacitisme, le féminisme et la justice sociale.
Un bréviaire non seulement antispéciste donc, mais intersectionnel également, qui s’inscrit dans un objectif d’égalité sociale, politique et juridique duquel les animaux non humains n’auraient jamais dû être écartés.
[1] Préface de Kaoutar Harchi, Éditions de l’Atelier, oct. 2025.
- Podcast « Comme un poisson dans l’eau », Série d’été 2, « C’était pas ce que j’avais prévu (Spoiler : rien ne l’est jamais) » du 23 juillet 2025. ↩︎
- Podcast « Comme un poisson dans l’eau », Série d’été 3, « J’étais pas cette personne : suis-je un imposteur ? » du 30 juillet 2025. ↩︎
- Selon l’expression de Kaoutar Harchi, préface de l’ouvrage, p. 7. ↩︎
- Melanie Joy, Why We Love Dogs, Eat Pigs and Wear Cows, Newburyport, Conari Press, 2009. ↩︎
- Ibid. ↩︎
- Déclaration de Montréal sur l’exploitation animale (2022). ↩︎
- Déclaration de Toulon sur la personnalité juridique de l’animal (2019). ↩︎
- Déclaration de Cambridge sur la conscience animale (2012) et déclaration de New York sur la conscience animale (2025). ↩︎
- World Health Organization, 2021, document n° WHO/EURO:2021-4007-43766-6159. Le résumé du rapport affirme : « Plant-based diets that are rich in whole grains, fruits, vegetables, legumes and nuts, and low in processed foods and added sugar, are associated with improved health outcomes. » ; « Evidence shows that shifting towards more plant-based diets would reduce the burden of diet-related noncommunicable diseases. » Le rapport est par ailleurs très explicite : « Plant-based diets have the potential to reduce greenhouse gas emissions, land use, freshwater use and biodiversity loss. » ; « A shift towards healthy, predominantly plant-based diets is needed to improve health and environmental sustainability. » ↩︎
- Oxford University Press, 2011. Version française chez Alma Éditeur, 2016, traduction de Pierre Madelin, rééditée par Hermann, 2025. ↩︎
- Alasdair Cochrane, Justice, Democracy, and the Political Turn in Animal Ethics, publication en ligne, Cambridge University Press, 13 mai 2025. Cependant, plusieurs chercheurs considèrent que ce tournant commence dès les années 2000, notamment avec Frontiers of Justice de Martha Nussbaum, qui introduit les animaux dans le champ de la justice politique. D’autres auteurs, comme Alasdair Cochrane, voient Zoopolis comme l’ouvrage qui a véritablement donné son élan et sa cohérence à ce tournant. ↩︎
- Voir la Déclaration de Montréal (2022). Au début des années 2020, la légitimité morale du spécisme apparaît de plus en plus marginalisée au sein de la philosophie morale spécialisée. La Déclaration de Montréal de 2022, signée par plusieurs centaines de chercheurs en philosophie morale et politique issus de traditions théoriques diverses, constitue sans doute l’expression collective la plus visible de cette évolution. Sans constituer une unanimité philosophique, la Déclaration de Montréal témoigne cependant de l’émergence d’un consensus académique très large parmi les spécialistes de l’éthique animale selon lequel le spécisme ne constitue pas une justification moralement pertinente de l’exploitation animale. ↩︎
- Voir notamment la popularité des podcasts consacrés au véganisme et à l’antispécisme sur les réseaux sociaux. ↩︎
- Melanie Joy, op. cit. ↩︎
- Victor Duran-Le Peuch, Pour en finir avec les idées fausses sur l’antispécisme, op. cit., p. 291. ↩︎
- Melanie Joy, « Néo-carnisme : comprendre la « viande heureuse », le locavorisme, le régime paléo, et y répondre », traduit de l’anglais (One Green Planet, 2011) par Marceline Pauly, publié sur le site de Fraternité animale. ↩︎
- « Neocarnism is a category of new forms of carnism. These ‘neocarnisms’ emerged as more people became aware of the reality of animal agriculture and began to question the Three Ns of Justification: eating animals is normal, natural, and necessary. » ; « Each neocarnism bolsters one of the Three Ns of Justification by promoting the myths that not eating animals is abnormal, unnatural, and unnecessary. And they each target one of the three main arguments for veganism: animal welfare, environmental protection, and human health. », https://carnism.org/. ↩︎
- Des auteurs tels que Simon Fairlie (Meat: A Benign Extravagance, 2010), Lierre Keith (The Vegetarian Myth, 2009) ou Nina Teicholz (The Big Fat Surprise, 2014) illustrent, chacun à leur manière, ces nouvelles formes de légitimation de la consommation de produits animaux, même s’ils ne se revendiquent évidemment pas eux-mêmes comme « néo-carnistes ». ↩︎
- Ce qui est une utilisation fallacieuse du concept de don contre-don développé par Marcel Mauss. ↩︎
- Michael Marder, Plant-Thinking: A Philosophy of Vegetal Life (2013) ; Jocelyne Porcher, Vivre avec les animaux ; Cause animale, cause du capital (avec Jean-Pierre Digard) ; Jean-Pierre Digard, L’Animalisme est un anti-humanisme (2018) ; Francis Wolff, Trois utopies contemporaines ; Notre humanité ; Dominique Lestel, Apologie du carnivore (2011), etc. ↩︎
- Citons quelques exemples : Renan Larue, Le végétarisme et ses ennemis. Vingt-cinq siècles de débats (PUF, 2015) ; Florence Burgat, L’Humanité carnivore (Seuil, 2017) ; Corine Pelluchon, Manifeste animaliste ; Valéry Giroux, Contre l’exploitation animale : un argument pour les droits fondamentaux de tous les êtres sensibles ; David Chauvet, La Personne animale, etc. ↩︎
- Kaoutar Harchi, préface, p. 7.de tous les êtres sensibles ; David Chauvet, La Personne animale, etc. ↩︎
- Les auteur.e.s cité.e.s entre parenthèses dans ce paragraphe ne sont pas tous cités par Victor, mais sont emblématiques de l’argument énoncé. ↩︎
- Sarah Zanaz, « Spécisme systémique : plus qu’une position éthique individuelle, le spécisme est un système », L’Amorce, 17 juin 2020, cité par Victor, p. 331. ↩︎
- Pour reprendre les termes de Victor. ↩︎
- Concept développé par Stanley Cohen dans son ouvrage majeur, Folk Devils and Moral Panics: The Creation of the Mods and Rockers, 1972. ↩︎
- Le Plan Marshall (officiellement Programme de rétablissement européen) fut un programme (1948-1952) offrant 13 milliards de dollars d’aide (dons et prêts) aux pays d’Europe de l’Ouest pour reconstruire leurs économies et infrastructures, stimuler leur coopération (via l’OECE) et freiner l’expansion communiste, tout en bénéficiant aux exportations américaines. Voir à ce sujet Champs de bataille. L’histoire enfouie du remembrement, d’Inès Léraud, Léandre Mandar et Pierre Van Hove, Éditions Delcourt, 2024. ↩︎
- Riche de nombreux-ses auteur-ices depuis les années 1970. ↩︎
- On pense évidemment à des auteur-ices comme, entre autres, Carol J. Adams (féminisme), Charles Patterson (racisme, antisémitisme), Isaac Bashevis Singer (racisme, antisémitisme), Yves Bonnardel (adultisme, misopédie), Malcom Ferdinand (racisme, colonialisme), Nancy Fraser (anticapitalisme, antiproductivisme, socialisme), Fatima Ouassak (féminisme, racisme, altermondialisme), Kaoutar Harchi (féminisme, intersectionnalisme, racisme), Sandra Guimarães (féminisme, anticolonialisme, anticapitalisme), etc. ↩︎
- Nicolas Truong, Baptiste Morizot, Jocelyne Porcher, Vinciane Despret, Nastassja Martin, Bruno Latour, Paul Ariès, Philippe Descola, Charles Stépanoff, et bien d’autres encore. ↩︎
- Baptiste Morizot, Manières d’être vivant, 2020. ↩︎
- Voir à ce sujet Donna Haraway, When Species Meet, 2008 ; Vinciane Despret, Que diraient les animaux si on leur posaient les bonnes questions ?, 2012. ↩︎
- Voir les déclarations de Cambridge (2012) et de New York (2025) pour plus de précisions. ↩︎
- Victor Duran-Le Peuch, op. cit., p. 393. ↩︎
- Voir la note infra-paginale n° 18. ↩︎
- C’est à dessein que nous employons ici le terme « homme » (plutôt qu’« humain ») pour souligner la responsabilité d’un manichéisme qui trouve son ancrage dans l’idéologie patriarcale. ↩︎
- En ce compris l’espèce humaine. ↩︎
- L’ouvrage, découpé en quarante-huit chapitres d’une dizaine de pages chacun, est particulièrement idéal pour relire et revenir sur son propos. C’est vraiment un plus inestimable qui facilitera la vie de bien des antispécistes. ↩︎

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